Pimpante finition

[Ce billet est une traduction de l’article High Gloss Finish (anglophones, cliquez) écrit par Jennifer Doyle.]

En guise de préparation à une collaboration à une tribune libre quant à la signification et l’importance du paiement de 375 mille dollar à une femme qui avait accusé Cristiano Ronaldo d’agression sexuelle, j’ai pensé que j’irais voir Ronaldo, l’hagiographie éponyme de Cristiano Ronaldo datant de 2015. J’étais curieuse de voir comment y serait traité les questions de genre.

La seule femme qui apparaisse au cours de ce languissant survol cinématographique des atours matériels et physiques de Ronaldo est la mère de Ronaldo, et elle y fait une apparition significative – sa place dans la vie domestique de CR n’a rien d’anecdotique. Dans le film, elle témoigne des violences domestiques dont elle a souffert des mains du père de Ronaldo (mort en 2005). Elle prend des tranquilisants pour se calmer lorsqu’elle regarde des matchs importants. Elle dit de Ronaldo qu’il était un enfant non-désiré – elle avait voulu l’avortement. Avortement qu’on a néanmoins que récemment décriminalisé au Portugal, en 2008. Bonté divine, s’exclame-t-elle avec son fils. Ce n’est pas un chapitre négligeable de la mythologie personnelle de CR. Il est fils rédempteur, rédempteur de son père et rédempteur de sa mère. L’homme rédempteur de sa propre existence indésirée.

Puis vient l’étrange omission de l’identité de la mère de son poupin de premier enfant, un enfant d’ailleurs à son nom, tout comme le film. Personne ne sait qui est la mère ni la nature de la grossesse. Le film souligne à quel point Ronaldo tient à ce que cette information soit tue. Normalement, c’est la paternité d’un enfant qui est questionnable, pas sa maternité. Cristiano Ronaldo dispose de l’argent, du pouvoir et d’un entourage juridique pour aller jusqu’à renverser cet ordre des choses des plus basiques.

Bardé de marbre, d’acier et de verre, il vit dans une forteresse corporate pas tout à fait aussi imposante que celle de son agent, Jorge Mendes. Un agent qui, lors d’un diner de famille, est allé jusqu’à dire que non seulement Ronaldo était comme un fils pour lui, mais aussi que la mère de Ronaldo était celle qu’il aurait lui-même voulue avoir.

Les femmes qui ne sont pas la mère de Ronaldo figurent seulement en arrière-plan tandis qu’elles s’agglutinent en un troupeau braillârd au pied de son hotel ou au bord du terrain d’entrainement – à un moment dans le film, une femme réussit à franchir la barrière pour ensuite se faire intercepter. On la lui présente néanmoins. En dieu bienveillant qu’il est, il se laisse prendre en photo à son côté. Alors qu’on l’éloigne, des torrents de larme sur les joues, elle dit à la caméra qu’elle espère qu’il la suivra sur Twitter.

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