Amazon: L’embauche

Les équipes de travail se regroupent dans l’entrepôt au début de leur shift.

“Quand je dis Amazon, vous dîtes efficacité”, scande un superviseur.

“Amazon!”

“Efficacité!”

Le superviseur demande à quelqu’un de mener les étirrements collectifs du jour. Il est demandé aux travailleur-e-s de partager une Amazon success story. Tout est pensé afin de mettre dans les meilleures condition les Amazonians avant la journée de travail sous haute pression qui les attend.

‘Travaillez dur. Amusez-vous. Faites l’histoire.’ Telle est la devise de l’entreprise, inscrite sur une immense peinture murale devant laquelle on passe en arrivant à l’entrepôt.

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PS: Cette traduction nôtre est celle d’un extrait tiré des Amazon Chronicles (en l’occurrence, la dernière chronique en date, d’A Star Is (Not) Born), hautement recommandable pour qui peut en faire la lecture et s’intéresse aux activités tentaculaires et expansionnistes de cette entreprise. Lien!

Pimpante finition

[Ce billet est une traduction de l’article High Gloss Finish (anglophones, cliquez) écrit par Jennifer Doyle.]

En guise de préparation à une collaboration à une tribune libre quant à la signification et l’importance du paiement de 375 mille dollar à une femme qui avait accusé Cristiano Ronaldo d’agression sexuelle, j’ai pensé que j’irais voir Ronaldo, l’hagiographie éponyme de Cristiano Ronaldo datant de 2015. J’étais curieuse de voir comment y serait traité les questions de genre.

La seule femme qui apparaisse au cours de ce languissant survol cinématographique des atours matériels et physiques de Ronaldo est la mère de Ronaldo, et elle y fait une apparition significative – sa place dans la vie domestique de CR n’a rien d’anecdotique. Dans le film, elle témoigne des violences domestiques dont elle a souffert des mains du père de Ronaldo (mort en 2005). Elle prend des tranquilisants pour se calmer lorsqu’elle regarde des matchs importants. Elle dit de Ronaldo qu’il était un enfant non-désiré – elle avait voulu l’avortement. Avortement qu’on a néanmoins que récemment décriminalisé au Portugal, en 2008. Bonté divine, s’exclame-t-elle avec son fils. Ce n’est pas un chapitre négligeable de la mythologie personnelle de CR. Il est fils rédempteur, rédempteur de son père et rédempteur de sa mère. L’homme rédempteur de sa propre existence indésirée.

Puis vient l’étrange omission de l’identité de la mère de son poupin de premier enfant, un enfant d’ailleurs à son nom, tout comme le film. Personne ne sait qui est la mère ni la nature de la grossesse. Le film souligne à quel point Ronaldo tient à ce que cette information soit tue. Normalement, c’est la paternité d’un enfant qui est questionnable, pas sa maternité. Cristiano Ronaldo dispose de l’argent, du pouvoir et d’un entourage juridique pour aller jusqu’à renverser cet ordre des choses des plus basiques.

Bardé de marbre, d’acier et de verre, il vit dans une forteresse corporate pas tout à fait aussi imposante que celle de son agent, Jorge Mendes. Un agent qui, lors d’un diner de famille, est allé jusqu’à dire que non seulement Ronaldo était comme un fils pour lui, mais aussi que la mère de Ronaldo était celle qu’il aurait lui-même voulue avoir.

Les femmes qui ne sont pas la mère de Ronaldo figurent seulement en arrière-plan tandis qu’elles s’agglutinent en un troupeau braillârd au pied de son hotel ou au bord du terrain d’entrainement – à un moment dans le film, une femme réussit à franchir la barrière pour ensuite se faire intercepter. On la lui présente néanmoins. En dieu bienveillant qu’il est, il se laisse prendre en photo à son côté. Alors qu’on l’éloigne, des torrents de larme sur les joues, elle dit à la caméra qu’elle espère qu’il la suivra sur Twitter.

Climatologos

Il fait abusivement chaud. Pour mieux éteindre cette fournaise, paradoxe: j’allume la climatisation. Ladite clim qui est un désastre écologique et qui participe sévèrement au dérèglement climatique. Qui tantôt nous réchauffe, tantôt nous refroidit; il aggrave, en somme, le climat.

Se dire que, dans le futur, on racontera qu’on a empiré le climat mondial parce qu’on utilisait quotidiennement un outil s’appelant climatisation et servant littéralement à radoucir ledit climat.

Quelle létale ironie. Létale, la déconfiture, plus elle est là, plus je suis las.

Carton blanc

Mohamed Salah du Liverpool FC court dans tous les sens. Il court et il court et il court. Il court à droite et il court à gauche. Il court et il court et il court. Il court encore et toujours. Infatigable. Moe avec la balle, Moe sans la balle. Moe court. Tout en rouge. Moe, en roue, court, court et court, en rouge court et court et court en rouge. Et il dribble. Et il passe. Et il court.

Les rouges courent. Infatigables.

Mais Sergio Ramos n’est pas rouge. Sergio Ramos est blanc. Le blanc de la paix. Le blanc de l’évidence, de l’univocité. Pourtant Sergio Ramos du Real Madrid ne fait pas que courir. Sergio Ramos ne fait pas que courir et lui non plus ne fatigue pas. Sergio Ramos a par contre les yeux qui courent eux aussi, qui courent et parcourent, des yeux qui zigzaguent et cherchent, mais pas le ballon, pas que le ballon. Les yeux de Sergio Ramos cherche autre chose, en plus et avec le ballon. Quelque chose qui pourrait être précieux. Un bonus dont personne ne parle mais que tout le monde sait. Une opportunité peu reluisante. Une chance. Pas que le ballon. il n’y a pas que le ballon qui donne des occasions.

Et Sergio Ramos, comme un buteur. Un buteur sans cages. Comme un renard des surfaces. Un renard. Juste des rouges. Juste des rouges qui courent et courent et courent. Ces rouges qui pressent et pressent. Ces rouges qui harcèlent et contrent. Et courent. Ces rouges qui courent. Sauf que Sergio Ramos est blanc et avec ses yeux, sur fond blanc, nervurés de rouge, grâce à ses yeux, à sa vue percante, Sergio Ramos scrute et regarde et guette. Et il voit. Sergio Ramos voit.

Il voit le ballon et Moe le rouge. Il voit comme des planètes qui s’alignent. Et Sergio Ramos est blanc, il n’est pas rouge.  Tout comme Moe n’est pas blanc, il est rouge. Et il y a le ballon, qui n’est ni blanc ni rouge. Qui est juste rond et qui file, si bien qu’on lui court après, qu’on court qu’on court et qu’on court. Sauf que Moe Salah ne courrira plus pour ce soir. Sergio Ramos les avait vus, le ballon et lui, arrivant au même point, au même moment, une convergence de facteurs qui généra une occasion. Une occasion saisie par notre observateur, une occasion convertie, sans bavure, aucune, proprement, chirurgical. Sergio Ramos est blanc;
et Moe le rouge ne court plus;
Moe a chuté, Moe est tombé,
avec Sergio, Sergi le sévillan,
ensemble, au sol, entremêlés,
Sergi le blanc et Moe le rouge,
et Moe ne court plus tout à fait comme avant – fini, la course, pour ce soir.
Quant à Sergio, …

Il court

Moe. Moe et sa chute, son epaule. Son épaule sans jeu. Sa soirée sans jeu, désormais. Et ses yeux ne courent plus non plus. Ses yeux dans ses orbites, ses orbites enfoncés dans sa boîte crânienne, son crâne sur son cou, son cou incliné vers le bas, ses yeux prostrés sur ses chaussures, ses chaussures dans lesquelles ses pieds ne le portent plus que vers les vestiaires. Et non plus vers le but adverse, le but des blancs. Et les rouges courent encore. Ils courent et ils courent et ils courent. Vers un but et puis l’autre. Et leurs yeux aussi, ils courent. Ils courent mais moins vite, moins fort, moins tigre. Leurs yeux les trahissent. Leurs yeux voudraient savoir pour Moe, voir Moe. Leurs yeux d’hommes. Moe avec eux, Moe le rouge avec les rouges. Mais Sergio Ramos, le blanc, avait vu. Et ses yeux à lui continuent de courir tandis que roulent les larmes de Moe, Sergio Ramos a les yeux qui sprintent encore plus agilement, ses yeux trépignent, ses yeux dansent, ses yeux dribbleurs. Ses yeux qui attendent une nuit mémorable, une nuit blanche.

Une nuit qui ne sera pas rouge. Pas rouge. Blanche.

beau de l’aile

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Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équimages,
Capturent des albatros, vastes oiseaux des terres,
Qui suivent nos désirs glissant sur les mirages,
L’hippocampe se balance mais l’équilibre jamais ne perd.

Raphael CAUCHETEUX

À peine les ont-ils déposés sur les parquets,
Que ces rois de l’azur, adroits et soucieux,
Se laissent par leurs blanches pagaies,
S’ailever, par-delà Silvio, vers les cieux.

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Ce voyageur ailé, comme il échauffe et feule !
Lui n’a guère six béquilles mais qu’il s’dégingandait !
L’un enivre son pif avec un tarincegueule,
L’autre rime, en fermant, l’insigne qui volait !

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Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l’archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l’empêchent de marcher.

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